Shadowrun Returns: le retour du Funk King

Pas vraiment. Y’a pas de funk dans Shadowrun. Quelques kings, mais pas de funk. C’est cyberpunk, glauque, gris, pis même si William Gibson a déjà dit qu’il aimait pas Shadowrun, on sait tous que c’est un vieux pisse-vinaigre qui n’a jamais avalé qu’on se mette tous à dire « cyberspace » sans lui verser de royautés (« Spook Country » a probablement le « punch » le plus débandant que j’aie jamais lu dans un roman).

Shadowrun Returns est enfin sorti. Pour ceux qui ne s’en souviennent pas, c’est le fruit d’une campagne Kickstarter l’année passée, qui était promise pour janvier 2013. Il est arrivé avec 6 mois de retard, ce qui veut dire qu’il a quand même réussi à être en avance sur le CSeries.

J’ai mis la main dessus, et je m’y suis bien amusé, mais après toute cette attente, est-ce que ça tient la route?

Nostalgieville

Déjà, je le confirme: c’est un jeu qui est né, a grandi, a perdu sa virginité et mourra dans le royaume du « Fan Service ». Il appuie sur tous les bons pitons: tous les clins d’oeil qui sont appropriés à l’univers (des grands dragons à Shadowland), la forme même du jeu est très fidèle à ce que c’était à l’origine: un RPG tactique isométrique avec un focus clair sur l’histoire et le dialogue. Autrement dit, aucune chance de se faire accuser d’avoir des « RPG elements » [définition UD gracieuseté de yours truly], le jeu sait très bien où il se positionne, et il se positionne exactement où ceux qui ont sorti leur portefeuille le voulaient. Oui, avant que vous ne posiez la question, il y a bel et bien une morgue, et un gars dedans un tiroir.

Bon, et le jeu, lui?

Déjà, ils l’ont livré. Ça semble simple à dire, mais pour Kickstarter c’est déjà très bien.

Une interface classique, soignée, et oblique par définition parce que c’est de l’isométrique.

La bonne nouvelle c’est que c’est plutôt élégant. Le combat tactique fait la job, avec des mécanismes de couverture, de munitions, etc. Tout est superbement intégré pour les sorts et les diverses capacités spéciales des Shadowrunners autant les Esprits que les Drones que la Matrice.

Parlons-en, d’ailleurs, de la Matrice. C’est une version simplifiée du combat tactique avec des avatars/programmes, et c’est un peu fastidieux, mais ce qui est admirable c’est qu’ils ont réussi à très bien intégrer le côté « pendant que le Decker hacke le serveur, les autres s’occupent de sa chair laissée sans défense » parce que tout se passe en parallèle.

La campagne qui vient avec le jeu s’appelle Dead Man’s Switch, et elle est excellente. Le jeu vaut son 20$ juste pour cette dizaine d’heures-là. Le dialogue est magnifiquement écrit, l’histoire est linéaire mais se tient bien, et on navigue dans l’interface des dialogues avec la joie d’un collecteur de fonds de parti municipal. Une autre campagne (située à Berlin) est encore à livrer, et si elle est aussi bonne on va se régaler encore longtemps.

Un peu de drek

La mauvaise nouvelle, c’est que ça reste un peu « rough »: les interfaces pour les puzzles par exemple sont très simples, voir simplistes, et ça revient beaucoup à du « point and click » où il ne faut pas manquer la petite icône de loupe au bon moment. Ça limite certaines possibilités pour le contenu  (voir ci-dessous), et je ne suis pas sûr qu’on peut compter sur des « upgrades » trop radicales du moteur de jeu. Par exemple, oubliez le multiplayer, malheureusement.

La stabilité du jeu laisse un peu à désirer, par exemple un p’tit bogue Steam/Vista fait en sorte qu’il est préférable que je le laisse rouler en background que de de le fermer/repartir (NDLR: c’est pour ça que Steam dit que j’ai 70 heures de joué, faut pas capoter quand même…). Rien qui ne va pas se régler au cours des prochains mois si vous me demandez.

UGC, plus qu’une université en Inde

Life on a Limb
Oh oui, Life on a Limb de Sheridan_HBS, on a un date toi et moi plus tard…

Si le jeu de base est complet, l’as dans leur manche est qu’ils ont inclus des éditeurs de campagne intégraux, les mêmes que ceux qu’ils ont utilisé pour faire le jeu, avec toutes les copie du jeu. Ça veut dire que tous les joueurs peuvent créer des campagnes, histoires, éléments de jeu et les publier via Steam dans ce qu’on appelle du « User Generated Content ». Si peu de temps après la sortie, il y en a déjà, imaginez dans 1 an et c’est sûr qu’il va y avoir des histoires et campagnes de MALADE de disponibles pour tous et chacun. J’en salive déjà. Tous ceux qui rejouent des vieux RPG sur émulateurs font clairement y trouver leur compte.

<APARTÉ>

Écran!Bon, tout le monde pognait les nerfs il n’y a pas longtemps parce qu’ils ont annoncé que le jeu serait vendu sur Steam, et donc qu’il y aurait une forme de DRM, tout en annonçant que ce serait plus compliqué pour ceux DRM-free d’avoir les campagnes d’expansion. C’est quoi le trouble, là? Si tu veux pas de Steam, c’est OK, mais vis avec le fait qu’ils ont pas doublé et triplé les efforts pour te créer une interface pour le contenu, quand même!

</APARTÉ>

La Cote Alex

Puisque j’ai décidé de formaliser un peu la Cote Alex, j’vais m’gêner et donner à Shadowrun Retuns un bon 2d8, +5 si vous avez joué/aimé ceux sur Tabletop/SNES/Genesis, +5 si vous êtes du genre à télécharger les contenus « user generated », -5 si vous avez joué à XCOM cette année parce que ça va vous paraître un peu…euh… simple comme jeu.

2 réflexions au sujet de « Shadowrun Returns: le retour du Funk King »

  1. Je l’ai acheté, mais peu joué à date, mais il m’a aussi bien impressionné. Et ce malgré que je ne soit pas un grand connaisseur de SR.

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