Quand le démon de la tentation lorgne du coin de l’oeil

J’ai encore dans un tiroir, à l’instar de plusieurs ex-accros, une petite réserve bien à l’abri au cas l’envie me reprendrait. Je n’y ai pas touché depuis des années, mais sa présence se fait rassurante. Une fois par jamais, j’ouvre ce tiroir honni et hume avec délice le parfum de ces fruits défendus. Je me dis qu’une seule petite fois, peut-être, je pourrais m’adonner à une soirée de plaisirs interdits: « Rien qu’une, pas plus » me promet-je. Puis, rejetant résolument du revers de la main la tentation qui monte en moi, je referme calmement la boîte, avec l’agréable sensation intérieure d’avoir tel le Messie résisté à 40 jours dans le désert sans sombrer sombrement dans la sombre rechute sombre.

Je parle, bien sûr, de cartes de Magic: The Gathering.

Ceux qui auront vécu les années fastes de jeux de cartes à collectionner (CCG’s, dans le jargon) dans les années ’90 me comprendront. Le format était enchanteur: acheter des paquets de cartes, avec l’adrénaline de découvrir leur contenu, puis bâtir un « deck » (paquet de cartes, NdTG) compétitif pour le tester ensuite contre celui de ses amis. Comme si tu pouvais jouer avec ton Mario Lemieux Recrue O-Pee-Chee, pis qu’il pouvait rosser un adversaire. Beaucoup d’amis participent encore d’ailleurs à des ligues, clubs et autres soirées orgiaques en mana et en cartes, même si les coutumes semblent avoir évolué avec le temps vers d’autres formats de parties, par exemple « Le Cube » où l’on fait du « repêchage » de cartes sur un ensemble défini appartenant souvent à un seul joueur, ou les soirées « Sealed Deck » qui voient une boîte se diviser entre amis qui rivaliseront d’imagination pour construire des decks à partir des cartes déballées seulement.

J’en arrive au format de « Living Card Game », inventé et popularisé par Fantasy Flight Games. Ils en ont sorti quelques uns autour d’univers connus (Warhammer, Game of Thrones, Call of Cthulhu, Lord of the Rings et Star Wars, rien que ça!), et cela n’est peut-être pas tout à fait étranger au fait que Fantasy Flight Games soient l’un des éditeurs de jeux capables d’imprimer de l’argent à volonté par les temps qui courent (Barack les appelle tout le temps). Prenez tout le plaisir des jeux de cartes à collectionner, SANS le hasard: Le contenu du jeu et des extensions est fixé et connu à l’avance, aucune variation, alors ne reste que le plaisir de bâtir des paquets, et ce à coût fixe! C’est vermeilleux.

Où en étais-je? Ah, oui, à la raison pour laquelle je suis en train de flancher, et d’avoir des envies malsaines d’aller claquer des centaines de dollars sur des petit rectangles de carton: J’ai acheté (pour des raisons bassement professionnelles, dont je vous parlerai bien un jour) Android: Netrunner, le p’tit dernier de leurs LCG. C’est une « réédition » d’un jeu de Richard Garfield (le créateur de Magic) dans le format LCG et dans leur univers maison, Android.

Les ICE, qui protègent tes serveurs corporatifs...

Le jeu est vraiment sympathique: premièrement il y a deux sortes de cartes: les Corporations et les Runners. Normalement, à tour de rôle, le Runner essaie de hacker la Corporation, qui essaie à son tour de tuer le Runner. Le jeu est un trésor de geekness, avec un vocabulaire complètement déboussolant au début (Heap, Stack, R&D, Archives, Rez/Unrez, bla etc. ). Le jeu est compétitif et totalement accrocheur. Il y a aussi un petit côté « Bluff » entre le Runner et la Corp, puisque cette dernière va mêler embuscades et données critiques sur ses serveurs, et le Runner ne s’en rendra peut-être compte que lorsqu’une Trace l’aura traqué jusqu’à son domicile, et que le quartier entier sera passé au cyber-napalm. Fascinant.

... et les ICEbreakers, qui les neutralisent et pètent les structures...

Les tours se jouent vite de chaque côté, et les parties qui s’éternisent doivent être assez rares. Les dessins sont absolument magnifiques, tout comme tous les autres LCG. Bref, je montre de sérieux signes d’accoutumance. J’aime la dualité Runner/Corpo, j’aime l’ambiance cyberpunk, j’aime le système de jeu parce que le programmeur en moi aime ça briser des sous-routines de protection. Je suis comme ça.  Au final, je serai clair: le jeu est bon, très bon. Pas pour rien qu’il se tient avec constance dans le top du « The Hotness » de BoardGameGeek.

Alors à tous mes amis et connaissances, c’est dit, si vous vous achetez une copie d’Android: Netrunner, je cède. Je me fais deux p’tits decks de Runner/Corp, et je vous prends pour vous fumer derrière les cyprès comme on dit sur Planète Marseille. Allez, juste une p’tite…

5 réflexions au sujet de « Quand le démon de la tentation lorgne du coin de l’oeil »

    1. Excellent investissement, ne serait-ce que la boîte de base (qui contient un « deck » décent et agréable pour chacunes des 7 factions).

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