Réponse à Comment geekifier vos collègues

Chers amis, l’heure est grave.

J’ai lu avec grande attention l’aimable billet de ce cher Lex, « Comment geekifier vos collègues de travail » et je dois bien l’avouer, ce texte m’a troublé. Je dirais même qu’il m’a profondément OUTRÉ. En effet, Lex y oppose de manière un peu manichéenne les geeks (sympathique catégorie de l’humanité à laquelle j’appartiens, tout comme ma femme et ma fille) à ce qu’on pourrait appeler « les gens normaux », ceux qui ne savent pas ce qu’est un D12 et pour qui Q est juste une lettre de l’alphabet et non un être cosmique surpuissant. On y décrit ces gens normaux comme un peuple de gentils naïfs un peu farouche à convertir peu à peu.

Est-ce là vraiment la quête du peuple geek ? QUE NENNI !!! Faire face aux gens normaux, c’est tourner le dos à nos véritables ennemis, la seule et unique menace qui pèse sur la geekerie et même sur l’humanité toute entière. Je parle, bien sûr, des NERDS !

Ô ami lecteur, je vois naître sur tes lèvres le sourire narquois de l’incrédulité. Je sais que pour toi le nerd est inoffensif, comme en témoignent les épisodes de Big Band Théory que tu écoutes en cachettes quand tu n’as pas le goût de voir du Star Wars. Soit, je comprends et accepte ton scepticisme. Je vais donc démontrer mes dires : je vais donc démontrer l’existence du péril nerd, exposer ses méthodes et avancer quelques pistes de solutions pour essayer d’échapper à leurs griffes.

PARTIE I : POURQUOI LES NERDS SONT DANGEREUX

Le nerd est un bipède issu de la branche des grands singes, descendant de la branche de l’homo sapiens sapiens et même de la branche homo sapiens sapiens geekus. Plutôt paisible, il n’a ni griffes ni carapaces et ses dents peu pointues en font un assez piètre prédateur. De prime abord, il parait donc plutôt peu dangereux. Le seul qui a su anticiper la terrible menace qu’ils représentent a été H.P. Lovecraft, mort seul fou et anonyme au fond d’un cachot d’asile. Beaucoup d’entre vous connaissent sa célèbre litanie « Ph’nglui mglw’nafh Cthulhu R’lyeh wgah’nagl fhtagn », que l’on croyait à tort être une imprécation impie destinée à d’obscures et cruelles divinités. Or, c’est tout simplement une annonce de la catastrophe nerd, en langage Linux.

On ignore si le nerd est un mammifère ou un ovipare car il n’a aucune reproduction sexuée. Les rares femelles sont très peu disposées à la procréation, la grossesse et la maternité étant très néfaste au codage – et on n’a pas encore trouvé le programme dont la compilation dure 9 mois, même dans le service informatique de Bell Canada. On pourrait croire qu’il est voué à disparaître à cause de cela. Hélas, le nerd peut se reproduire : par contamination des autres humains. Un peu comme les zombies, en fait.

Et là est la véritable menace : quand toute l’humanité sera contaminée, quand le dernier humain deviendra à son tour un nerd, ce sera l’extinction totale de l’espèce humaine. Six milliards de nerds coincés sur notre petite planète, sans plus personne à contaminer et sans aucune reproduction sexuée (ou si peu) : il suffira d’une génération pour que nous rejoignons tous les dinosaures dans leur destin funeste !
</humanité>, pour ceux qui n’avaient pas compris.

 

PARTIE II : LA TECHNIQUE DE CONTAMINATION NERD

Maintenant que la menace des nerds n’est plus à démontrer, voyons de plus près leur principal moyen de conquête : la contamination.

Le nerd communique peu verbalement, reste retranché chez lui (ou alors aux conventions de SF, où il y a peu de proies pour beaucoup trop de nerds) et n’utilise pas le téléphone, qui fait trop XXe siècle. Alors quels sont les vecteurs de sa contamination ?

Nous connaissons tous la réponse : les fichus ordinateurs !

Les ordinateurs sont partout. Oui, ils sont dans vos bureaux, ça vous le savez. Mais ils sont aussi dans vos machines à café, dans vos photocopieurs, dans vos appareils photos, dans vos voitures. Les téléphones servent de moins en moins à téléphoner. Ils se glissent insidieusement dans chaque parcelle de votre vie quotidienne : les bols de toilettes sont déjà électroniques au Japon, ce sera bientôt le tour des fours à micros-ondes et des pichets d’eau. Le Centre Bell est totalement dirigé par computer, il y a des senseurs dans les filets pour que la lumière ne s’allume pas à chaque fois que Gomez ne marque pas de but ! Le stylo va disparaître au profit du pad.
L’empereur même de la condition humaine – je parle bien sûr de l’argent ! – a du lui-même courber l’échine devant la sacro-sainte micro-informatique : en une seule génération, la pièce de monnaie qui a fait couler tant de sang dans l’histoire de l’humanité s’efface devant la carte à puce. Et tous ces ordinateurs, ils sont conçus, programmés et entretenus par des nerds. Plus efficace que la pire des bombes : sur une simple décision, les nerds peuvent arrêter vos voitures, vos frigos, vos toilettes et votre café, vous dépouillant de tout ce dont vous avez besoin pour vivre. Vous laissant seul et tout nu, à leur merci. Terrifiant !

Le responsable de cette colonisation furtive, c’est lui : Bill Gates, le nerd #1. À tel point que quand on pense le mot « nerd », on voit une face qui ressemble vaguement à la sienne (le sourire et le pognon en moins). Son armée, Microsoft, a conquis la planète entière, éradiqué sans pitié la moindre poche de résistance. Il a une technique imparable pour identifier les opposants : des versions de Windows de plus en plus contraignantes et de plus en plus lourdes, un peu comme les interminables phrases de ce que vous êtes en train de lire actuellement ! Devant cette nullité croissante dont Windows Vista a été le pinacle, toute personne ayant la volonté et le moyen de lancer un produit concurrent ne peut que réagir : poussé par une légitime rage, le loup sort du bois et paf ! se fait tuer immédiatement dans l’œuf. Zoologiquement ma phrase n’a pas grand sens, mais hin bon, on comprend ce que je veux dire.

Mais l’ordinateur n’est pas le seul vecteur. Il en existe un autre, plus insidieux encore, mis en place par ceux des nerds qui savaient écrire le langage des humains : je parle bien sûr des petits livres jaunes pour les Nuls.

Derrière ces conseils rassurants, cette mise en page confortable, cette approche paternaliste, se cache le prosélytisme le plus efficace et le plus brutal qui soit. On achète un livre pour apprendre le crochet ou, tout simplement, à séduire une femme, et paf ! quelques mois plus tard on se retrouve à coder « fluently » en C++ et à disserter sur WoldPress des paradoxes du Fortran. Ces livres impies, plus terribles que le Necronomicon lui-même, peuvent transformer la moindre ménagère en nerds assoiffée d’unix.

 

PARTIE III : QUELLES SOLUTIONS ?

Le nerd a un premier point faible : il est très territorial. Il aime laisser sa marque dans ses lignes de codes et peut aller très loin pour surpasser un autre nerds, quiconque à assister à une discussion de linuxiens ne peut qu’en être convaincu. Il est donc possible de les monter les uns contre les autres, afin de les pousser à une stérile confrontation inter-nerd. Pour cela, l’ennemi numéro un devient alors un atout ! Pour affaiblir les nerds, concentrons nos efforts pour favoriser la suprématie d’un seul au détriment des autres : n’utilisez jamais Linux, boudez les i-pods et i-phones d’Apple, acheter du Windows ! Achetez en même deux licences pour chaque ordinateur, ce sacrifice ne sera pas vain ! Soutenez Bill Gates dans sa quête de pouvoir économique mondiale : certes, nous aurons des ordinateurs pourris mais l’avenir de l’humanité est à ce prix. Et ces ordinateurs tout-pourris joueront un rôle capital, comme nous allons le voir ci-dessous.

La génération prochaine doit recevoir notre attention exclusive. Après tout, l’humanité que nous voulons tous sauver, ce sont eux ! Les ordinateurs infestés de Windows sus-mentionnés seront bien peu attractifs et nous permettrons de leur proposer des occupations alternatives, qui les éloigneront de la nerderie qui les guette. Certains gangs de rue proposent des activités très enrichissantes qui permettent de développer des compétences très utiles : le sens du commerce, l’activité physique, l’anatomie ou le sens de la créativité, en plus d’une solide connaissance en droit. Il faut supprimer Star Trek de la grille horaire et imposer des pubs massives de la Star’Ac sur les sites de code. Toute activité faisant perdre de la concentration ou de l’intelligence (une soirée d’Occupation double, une chronique de Richard Martineau, une interview d’Ovechkin – placez les dans la catégorie de votre choix) doit devenir incontournable. Faire perdre son attrait à la culture nerd est aussi une possibilité : Disney a ouvert la voie en rachetant Star Wars, il faut prendre exemple sur eux ! Que les Teletubbies mettent leurs culottes et rachètent Star Trek. Oui, je sais, ça fait mal de lire ça mais comme je l’ai déjà dit, l’avenir de l’humanité ne se fera pas sans sacrifices extrêmes.

Enfin, je préconiserais de retourner contre eux la technique de la contamination/assimilation. Tout comme Alex pousse le geek à convertir l’humain normal, tout comme le nerd assimile facilement le geek, on peut aussi contaminer un nerd pour en faire un humain normal. Cela permettrait l’existence d’un cycle qui pourrait assurer la stabilité des trois cultures car, après tout, les nerds sont aussi nos frères nos cousins : je ne leur veux aucun mal – j’ai des amis nerds voyez-vous, et ils sont très sympathiques, du moment que je laisse un bon cadenas sur la porte de la cage – et je ne souhaite que la sauvegarde de l’espèce humaine. Et pour cela, nous disposons d’une arme terrible dont ils ignorent tout : la femme !
Car bien que ne disposant d’aucune reproduction sexuée, le nerd a une libido galopante. Alors profitons de ce terrible point faible : comme l’a dit l’autre, la femme est l’avenir de l’homme ! Alors mesdames, aidez les geeks à sauver l’humanité : mettez des jupes plus courtes, de la dentelles, soyez sexy, soyez souriante ! Séduisez les nerds et convainquez-les de lâcher l’ordinateur pour aller voir Loft Story, ou même ne serait-ce qu’un match de hockey. C’est un bon début : on commence avec Markov et progressivement, on passe à Guy A. Lepage puis à Xavier Dolan !

 

CONCLUSION : IL EST DÉJÀ PARMI NOUS

Ami lecteur, tu m’as bien compris. Si nous n’y prêtons pas attention, les nerds vont nous terrasser et nous abattre jusqu’au dernier LOL. Regarde autour de toi, l’ennemi est là. Oh, ne va pas t’imaginer qu’il a des lunettes et une cravate : il est parfois plus rusé et peut prendre un visage plus sympathique, plus débonnaire. Porter la barbe, avoir des amis. D’ailleurs, ne comprends tu pas le VÉRITABLE but de Lex quand il nous préconise, à nous les geeks, de contaminer progressivement les humains normaux ? Ne ferait-il pas de nous une simple avant-garde pour son véritable armée, les nerds ? Allons-nous perdre notre temps au prosélytisme pour finalement contribuer malgré nous à l’extinction de l’humanité ?

JE DIS NON ! Alex, sale nerd, je vois clair dans ton jeu. Il y aura du sang, de la révolte, des représailles

4 thoughts on “Réponse à Comment geekifier vos collègues”

  1. Quelle bonne idée de dévier ainsi l’attention sur ces prétendus complots, et ainsi permettre à l’invasion de poursuivre son cours en toute discrétion.

    Allons z’enfants etc. etc.

    s.

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